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Les fonctions du langage

En 1963, le linguiste Roman Jakobson définit les fonctions du langage, c'est-à-dire les raisons pour lesquelles l’homme recourt au langage. Complété dans les années 1970 par les théories des actes du langage, le cadre ainsi défini peut s’appliquer à l’ensemble de la communication. Voyons cela ensemble...

Les fonctions du langage

Les fonctions du langage définies pas Jakobson

Le linguiste Roman Jakobson définit six fonctions du langage, chacune centrée sur un des éléments du schéma de la communication

Rappel du schéma de communication par Jakobson

Le schéma de Jakobson est un modèle décrivant les différentes fonctions du langage. Il a été développé à la suite des études de Karl Bühler, dont le modèle se limitait aux fonctions émotive (expressive), conative et référentielle.

D'après Roman Jakobson, « le langage doit être étudié dans toutes ses fonctions ». C'est-à-dire que le linguiste doit s'attacher à comprendre à quoi sert le langage, et s'il sert à plusieurs choses. « Pour donner une idée de ses fonctions, un aperçu sommaire portant sur les facteurs constitutifs de tout procès linguistique, de tout acte de communication verbale, est nécessaire ». Les voici :

  •  Le message lui-même ;
  •  « Le destinateur envoie un message au destinataire » ;
  •  Le destinataire est censé recevoir le message ;
  •  « Pour être opérant, le message requiert d'abord un contexte auquel il renvoie (c'est ce qu'on appelle aussi, dans une terminologie quelque peu ambiguë, le "référent"), contexte saisissable par le destinataire, et qui est soit verbal, soit susceptible d'être verbalisé » ;
  •  « Le message requiert un code, commun, en tout ou au moins en partie, au destinateur et au destinataire (ou, en d'autres termes, à l'encodeur et au décodeur du message) » ;
  •  « Le message requiert un contact, un canal physique et une connexion psychologique entre le destinateur et le destinataire, contact qui leur permet d'établir et de maintenir la ».

Les six fonctions de la communication telles que les identifie Roman Jakobson sont chacune liées à un de ces éléments.

Les fonctions du langage sont les suivantes :

  •  fonction expressive (expression des sentiments du locuteur)
  •  fonction conative (fonction relative au récepteur)
  •  fonction phatique (mise en place et maintien de la communication)
  •  fonction référentielle (le message renvoie au monde extérieur)
  •  fonction métalinguistique (le code lui-même devient objet du message)
  •  fonction poétique (la forme du texte devient l'essentiel du message)

Il considère d'ailleurs que ces fonctions « ne s'excluent pas les unes les autres, mais que souvent elles se superposent ». Le langage peut ainsi servir à plusieurs choses à la fois : maintenir le contact (fonction phatique) tout en prenant pour objet le code du message (fonction métalinguistique), par exemple, dans as-tu entendu ce que je t'ai dit ?

 

Les fonctions du langage selon Roman Jakobson

La fonction expressive ou émotive

L’émetteur au cœur de cette fonction exprime ses sentiments, ses opinions. Dans le discours cette fonction se traduit par des exclamations,des verbes de sentiments ou de jugement, des termes évaluatifs.

« Ah ! Qu’il fait beau ! »

 

La fonction impressive ou conative

Elle est centrée sur le récepteur chez qui l’émetteur veut faire naitre des impressions ou des réactions. Cette fonction se traduit par l’emploi des marques de la 2nde personned’impératifde tournures interrogatives, d’exclamation

« Tu as vu comme il fait beau ? »

 

La fonction référentielle

Elle fait porter le langage sur le référent(ou contexte) sur lequel il s’agit de donner des informations : narration, description, explication… Les phrases déclaratives et le mode indicatif seront alors privilégiés.

« Il fait beau »

 

La fonction phatique

La fonction phatique est utilisée pour établir, maintenir ou interrompre le contact physique et psychologique avec le récepteur. Elle permet aussi de vérifier le passage physique du message.

« Bonjour, ça va ? »

« Allô »

« Heu »

« N’est-ce pas ? »

 

La fonction métalinguistique

Quand il faut donner des informations sur le code, ses éléments, son fonctionnement comme édicter une règle de grammaire, cette fonction entre en jeu (le préfixe méta- signifie « au dessus » une métalangue est donc une lange qui permet de parler d’une autre langue.

« L’expression « il fait beau » signifie que le ciel est bleu et que le soleil brille ».

 

La fonction poétique

L’émetteur peut avoir la volonté de soigner particulièrement l’esthétique de sa signification. Cette fonction ne touche pas seulement la poésie, mais aussi les proverbes, les jeux de mots, les slogans…

Slogan jeu de mots d’une ancienne marque de distributeur : « Mammouth écrase les prix.

L’utilisation dans les messages publicitaire

Les messages publicitaires mettent en œuvre bien évidemment l’ensemble de ces différentes fonctions, souvent de manière combinée. Ils peuvent parfois en utiliser une de manière dominante.

 

Le message expressif

Le message expressif met en avant l’émetteur, l’image qu’il veut donner de lui, son système de valeurs. Cela correspond à ce que la rhétorique classique appelle la preuve éthique. La communication institutionnelle ou corporate produit souvent ce type de message porté sur l’émetteur. L’annonceur peut également utiliser une autre personne célèbre ou reconnu (une star, un expert…) pour être son porte parole ou son ambassadeur et placer sa communication sous l’autorité de cette dernière : on reconnait ici le fameux argument d’autorité.

Dans une visuel, Novotel fait porter son message clairement sur l’annonceur et vante son expertise « pour organiser une réunion pro, li mieux c’est de demander à des pros », « expert en organisation », et son professionnalisme… Cette communication vise à donner une image positive de soi.

 

Le message impressif

Le message impressif met la cible en valeur en l’interpellant, notamment au moyen d’impératifs ou d’interrogations, ou en la mettant indirectement en scène. Ce type de message est employé soit pour valoriser les performance du produit,les bénéfices que peut en tirer l’émetteur, soit pour valoriser la cible en lui montrant que le produit satisfait à ses besoins et ses motivations, soit encore pour créer ou renforcer un lien affectif entre le produit et la cible.

Dans le visuel du Crédit Agricole, la cible est directement interpellée par des impératifs à la deuxième personne : « souriez, vous pouvez enfin être propriétaire », « financez ».

 

Le message référentiel

Le message référentiel porte sur le produit à promouvoir, il le met en scène, le décrit. Ce type de message permet d’être purement informatif ou de transfigurer le produit en le magnifiant.

Dans le visuel de l’Oréal, le message porte clairement sur le produit (le référent). Celui-ci se distingue aisément de l’annonceur (la marque). Des informations sont données à son propos : sa nouveauté, sa promesse et surtout le fait qu’il soit issu d’un long travail de recherche…

 

La fonction phatique

L’objectif est de créer le contact pour que le message soit vu.Le procédé le plus employé est celui du regard du mannequin qui appelle celui du récepteur.L’originalité du visuel peut jouer également cette fonction.

Dans le visuel de Dior pour Dior Homme, la fonction phatique apparait de façon dominante. Le regard de l’égérie (Jude Law) est directement dirigé vers le spectateur et créé le contact.

 

La fonction métalinguistique

La fonction métalinguistique est plus rare dans la publicité. Elle peut néanmoins être utile pour donner le nom d’un produit, ou exprime comment prononcer le nom d’une marque à consonance étrangère.

Dans un spot télévisé pour la marque Stoeffler, un grand père Marseillais est repris par sont petit fils parce qu’il ne sait pas prononcer le nom de la marque des tartes flambées qu’il apprécie. Le slogan est « je sais pas le dire, mais je le mange bien », néanmoins, le spot nous informe de la manière de prononcer le nom de la marque.

 

Les messages poétiques

Dans le flot incessant des publicités, il faut attirer l’attention de la cible en lui proposant des publicités agréables, voire belles. Il faut donc soigner la qualité du message et avoir recours à la fonction phatique, mais elle peut servir aussi à magnifier le produit en le faisant accéder à une dimension imaginaire.

Dans le visuel de Thalys, la qualité du message en lui-même est particulièrement soignée. La communication s’articule autour de la personnification d’une cigogne qui préfère prendre le train plutôt que de voler de ses propres ailes. Le message devient ainsi plaisant, imaginatif et drôle.

 

Les autres fonctions du langage

On peut définir des fonctions particulières du langage, notamment dans les situations liées au travail et à la publicité.

Les fonctions du langage au travail

Au travail, l’utilisation du langage réponds à trois fonctions essentielles :

  • Une fonction instrumentale : il est utilisé pour répartir les taches, établir des procédures, indiquer des finalités, donner un sens à l’action,
  • Une fonction cognitive lorsqu’il s’agit de transmettre des savoir, de formuler des problèmes et leur solutions,
  • Une fonction sociale en permettant de construire et de maintenir des rapports sociaux. Dans ce cadre là, le langage peut se teinter de spécificités argotiques ou rituelles qui permettent la reconnaissance au sein d’un groupe, un sentiment de communauté ou de corporation. Un tel langage est appelé jargon,

La connaissance de ces trois fonctions et de la manière dont elles sont employées au sein de l’entreprise est une des clés de la réussite de la communication interne.

 

Les fonctions de la communication publicitaire

Outre l’utilisation que fait la publicité des fonctions du langage, on peut établir un rapport assez étroit entre ces dernières et les finalités de la communication à des fins commerciales, que celles-ci par le langage ou par l’utilisation des codes de l’image et des sons.

On peut en effet assigner quatre fonctions essentielles à la communication commerciale :

  • Une fonction phatique : dans le flot d’information et de messages dont nous sommes assaillis, il s’agit d’attirer l’attention de la cible et pour reprendre un ancien terme de rhétorique, de capter sa bienveillance,
  • Une fonction cognitive : l’annonceur veut faire connaitre son produit, sa marque, son activité. Cette fonction recoupe assez bien la fonction référentielle de Jakobson.
  • Une fonction affective : l’annonceur veut faire aimer son produit, sa marque, son activité. Il s’adresse aux sentiments conscients et inconscients de sa cible. Cette fonction recoupe en partie la fonction conative ou impressive de Jakobson, et la fonction poétique, qui ici instrumentalise aux fonctions de plaire, de faire naitre des vocations liées à l’univers du produit, d’attirer l’attention ou de favoriser la mémorisation,
  • Une fonction conative : qui vise à faire agir la cible, à lui faire accomplir l’acte d’achat. Cette fonction de la communication publicitaire est moins étendue que la fonction conative du langage selon Jakobson : elle n’en retient que l’aspect incitatif,
  • Plus rarement, la communication commerciale jouera sur la fonction expressive  c’est pourtant le cas dans les messages d’autopromotions, de valorisation de la marque plutôt que du produit, de construction d’une image de marque. Dans tout les cas, tout comme la fonction poétique est subordonnée soit à la fonction cognitive, soit à la fonction conative.

La communication commerciale se caractérise en effet par la hiérarchisation et l’instrumentalisation conscientes, voulues et systématiques des fonctions, et donc des ressources du langage. Les fonctions du langage sont mises au service de la communication commerciale.

 

On obtient ainsi les équivalences suivantes :

Fonctions de la communication commercialeFonctions du langage
PoétiquePoétique – phatique (Jakobson)
Cognitive (faire connaitre)Référentielle – Expressive
Affective (faire aimer)Poétique – Expressive Conative (impressive)
Conative (faire agir, acheter)Conative (impressive)

Les actes de langage

La typologie des actes du langage

Depuis les années 1970, à la suite notamment des travaux des linguistes J.L. Austin et J.R. Searle,l’utilisation du langage est étudié comme un acte : « dire, c’est faire ».L’étude des actes de langage s’appelle la pragmatique.

Austin distingue trois sortes d’actes de langage :

 

Les actes locutoire

Ils consistent à dire quelques choses, l’énoncé ou contenu du message peut être faux, mais l’énonciation est indiscutable.

« Il fait beau »

 

Les actes illocutoires

Ils désignent les actes locutoire qui manifeste l’intention de celui qui produit. Ces actes peuvent de plusieurs sortes :

  • Assertifs (ils affirment quelque chose)

Acte illocutoire assertif : « Je te dis qu’il fait beau »

  • Expressif (ils expriment les sentiments de l’énonciateur)

Acte illocutoire expressif : « Qu’il fait beau ! »

  • Persuasifs (ils cherchent à convaincre)

« Ne vois-tu pas qu’il fait beau ? »

 

Les actes perlocutoires

Ces actes sont illocutoire qui produisent un effet.

« Ferme la porte » est un acte illocutoire persuasif. Il devient perlocutoire s’il convainc le récepteur de fermer la porte.

Certains de ces actes contiennent eux-mêmes d’effet qu’il produise.

« Je te promet de revenir », la promesse est un acte en soi,

« Tu as raison », qui est un acte de concession définitive.

 

Acte de langage Versus contenu de l’énoncé

Dans certains cas,l’acte d’énonciation et le contenu logique de l’énoncé peuvent être en opposition.

Dire « Je vous interdis de penser aux vacances » induit le résultat contraire au contenu logique de l’énoncé.

 

La perception des actes de langage

La théorie des faces

Ces actes de langage peuvent êtres perçus par l’émetteur tout comme par le récepteur comme des agressions. De récentes recherches ont mis à jour lanotion de face :les interlocuteurs sont soucieux au cours d’une conversation de « sauver la face » ou de « ne pas perdre la face ». Brown et Levinson distinguent deux faces complémentaires :

  • La face négative, qui est l’ensemble des territoires du moi : corporel, spatiale, temporel, matériel, symbolique.
  • La face positive, qui est constitué par les images positives que les interlocuteurs ont ou veulent avoir d’eux-mêmes et veulent imposer au autres.

 

L’importance des faces dans la communication

Dans la communication, chacun cherche à accroitre son territoire ou au minimum à le préserver. Cependant, l’interaction des actes de langage contrarie ce désir de face. On peut distinguer alors des actes menaçant ou des actes gratifiants pour les faces.

 Face de l’émetteurFace du récepteur
Actes menaçantActe gratifiantActes menaçantActes gratifiant
Face négativePromesse dont la réalisation risque de nuire au territoire, concession…Pardon, don…Offenses, contacts corporel non souhaités, agressions visuelle, sonores, olfactives, ordre, conseils…Félicitation, compliments, reconnaissance, remerciement, vœux…

Face positive

Aveux, excuse, autocritique…Critique, réfutation, reproche, insultes, moquerie, vexation…

Un même acte peut relever de plusieurs catégories en même temps : un ordre ou un conseil peuvent gratifier la face positive de celui qui l’émet et rabaisser celui qui le reçoit.

Le contexte interpersonnel, social et culturel joue un rôle capital dans la compréhension de la valeur d’un acte du langage.Ainsi, un conseil peut être analysé comme valorisant pour le récepteur dans un contexte d’apprentissage ou comme dégradant dans un contexte d’égalité des interlocuteurs.

 

La politesse

Certaines culture donnent plus d’importance à la face positive (code de l’honneur, peur de la honte…), d’autres valorise la face négative (soucis de préservation du territoire, de l’intimité…). Il revient aux règles de la politesse d’atténuer l’aspect menaçant des actes de langage.

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